Entretien avec le scénographe de «La Corriveau - La soif des corbeaux»

La première représentation de La Corriveau - La soif des corbeaux aura lieu le 7 juillet 2022. Le décor est en construction, les costumes en confection, les personnages et l'espace de la pièce se dessinent. Nous avons pensé qu’il serait intéressant, avant que le public ne plonge dans l’univers, de s’entretenir avec le scénographe Adam Provencher qui a travaillé, de concert avec la metteure en scène Jade Bruneau, à créer le visuel du spectacle. Les deux complices n’en sont pas à leur première collaboration et les idées fusent de partout! Voici les réponses aux questions que nous avons posées à celui qui signe le décor et les costumes du spectacle :


Q: Quel a été ta source d’inspiration principale pour la scénographie de La Corriveau - la soif des corbeaux ?

Adam: Je crois que la fondation de toute la conception, autant pour les costumes que l’espace, c’est la Femme; et plus précisément La Corriveau elle-même. Mon objectif, bien humblement, était de rendre justice à cette femme en l’infusant dans l’architecture de l’espace et en la centralisant dans le travail des costumes. Il m’était important de créer un univers esthétique qui s’ancre et qui s’imprègne de sa force et de sa puissance afin de teinter la lecture sensible des spectateur.trice.s. Un peu à la façon d’une vibration de basses fréquences dans une pièce musicale, j’espère que l’architecture et les choix esthétiques laissent une empreinte subtile et symbolique sur la compréhension globale de l’œuvre.


Q: Le plus grand défi pour toi se trouve dans le décor ou dans les costumes?

A: Pour moi, le plus grand défi ne réside pas tant dans l’un ou dans l’autre des domaines, mais dans la juxtaposition des deux. Conceptuellement parlant, on désire créer un univers fort, sensible et évocateur, tout en laissant vivre l’espace et les personnages en tant qu’entités propres. La nuance entre une «conception anémique» et une «pizza scénique» ne se joue que de quelques éléments... C’est pourquoi la balance de tous les paramètres reste délicate jusqu’au soir de première.

Q: Parle-nous de la place qu’occupe les symboles dans ton travail...

A: Je crois que les symboles tirés de l’imaginaire collectif sont porteurs de tellement de sens et font travailler le cerveau de l’audience sur un autre plan que la simple réception de l’œuvre théâtrale. Je crois aussi au langage des couleurs, des tons et des textures. Lorsque travaillés en symbiose, ces éléments permettent de toucher le public au-delà des mots et des actions; on touche ici au sensible de l’être. Le symbole devient en quelque sorte une clé de lecture quasi intuitive vers le monde des émotions et des sensations. Pour citer Kandinsky (peintre abstrait du XXe siècle), le symbole et les éléments plastiques permettent de toucher au “spirituel dans l’art”.


Q: Du côté des costumes, comment les époques se mélangent-elles ?

A: Comme la pièce s’ancre en 1763 et aujourd’hui simultanément, il me semblait important de traiter les vêtements en métissant les époques. L’histoire du costume est un terreau riche en sens et est souvent le miroir des idéologies du moment ; cette histoire devient donc un symbole de temporalité. Tel un grand couturier au fait de son histoire (je fais 6pi et fait de la couture... j’ai donc le droit hahaha!), j’ai travaillé les personnages comme les silhouettes d’une collection, me permettant ainsi de mélanger les détails de l'époque avec le contemporain ou de jouer avec des volumes datés en contraste avec le vêtement plus actuel. C’est un peu une façon de prendre l’histoire, tenter de la raconter avec des mots d’aujourd’hui en s’efforçant de ne pas répéter les erreurs d’hier.


Q: Y a-t-il des défis en lien avec la forme « théâtre musical » d’un point de vue scénographique?

A: Évidemment, la présence de la musique, du chant et de la chorégraphie rend le travail scénographique légèrement plus complexe sur l’aspect technique. Or, le réel défi selon moi, et par “défi” je veux dire “chance absolue”, c’est de travailler en parallèle avec les médiums théâtraux, musicaux et chorégraphiques en tant que créateur.trice.s et “raconteur.euse.s” de l’histoire. Comme créateur et concepteur, je tente toujours de bien faire mon travail en m’assurant de traiter et filtrer toutes les informations d’une œuvre par mon ou mes médiums. Dans le cas du théâtre musical, nous sommes beaucoup à nous partager le rôle de (faute de meilleur mot) “story tellers”. Ça devient un grand travail pour chacun.e d’entre nous de balancer notre point de vue éditorial sur l’œuvre afin de rendre l’assemblage de tous les médiums plus fort. Cela signifie parfois de volontairement ne pas tout dire.... très très difficile pour moi! Haha!

Q: Quel est ton souhait? Que souhaites-tu que le public ait en tête en quittant la salle ?

A: J’aimerais premièrement que le public ait du FUN! Même si l’œuvre contient ses moments de lourdeur, je crois que cette pièce est ludique et chargée de beauté et de passages très touchants. C’est le résultat du travail acharné d’artistes extrêmement talentueu.se.s et ces artistes ont veillé.e.s tout au long du processus à vous offrir un bon moment! J’aimerais aussi que le public puisse faire le pont entre l’histoire passée et son présent. La culture est un vecteur d’idées puissant et je crois que cette pièce dénonce des sujets encore trop réels et actuels. J’espère que ce pont permettra une certaine réflexion sur comment l’on tente (ou pas) de résoudre certaines problématiques en tant que société.


Travail d’équipe :

Adam Provencher travaille de pair avec son assistante aux costumes Katherine Leroux-Bourdon à qui nous avons adressée quelques questions :


Q: Comment plonge-t-on dans un projet déjà bien entamé comme celui de La Corriveau?

Katherine: C’était parfait pour moi, puisque c'est ma première expérience sur un projet d’une telle envergure. Cela me permet de me familiariser avec la méthode travail et le processus créatif du designer (Adam). Et c’est autant un esprit collaboratif qu’un mentor pour moi en ce moment.

Q: De quelle façon investis-tu ta formation en design de mode et ton expérience au Grand Costumier dans ce processus ?

K: Ma formation technique du collège Marie-Victorin me permet de comprendre les techniques nécessaires à la concrétisation des maquettes du designer, les costumes de la pièce ayant été approchés à la façon d’une collection puisque des éléments communs parcourent les différents looks. Par contre, l’élément théâtral amène une approche différente puisque les textiles auront un rôle crucial dans le rendu visuel sur scène. Au Grand Costumier, c’est surtout de voir le potentiel et la versatilité d’un vêtement et dépasser sa fonction conventionnelle. Tester les limites de son ingéniosité. Super pertinent pour trouver des alternatives économiques ou inusités, que ce soit en confection ou achat.


Q: Autre chose à ajouter ?

A: Il est important de garder en tête que cet immense production qu’est La Corriveau - La soif des corbeaux est à la base un projet en famille, une famille artistique tissée serrée !! Un noyau composé de relations artistiques solides forgées au fil du temps. C’est une œuvre créée de toute part par des gens de cœur qui ont tous un but commun : toucher et faire toucher les étoiles.


K: Malgré que je sois nouvellement arrivée dans l'équipe et que ce soit ma première collaboration professionnelle avec Adam, je me sens déjà à la maison. Je suis extrêmement curieuse de voir la réaction du public face au résultat final et impatiente de découvrir comment le projet prendra son ampleur dans les mois à venir.


 

La Corriveau - la soif des corbeaux sera présenté du 7 au 23 juillet au Centre culturel Desjardins de Joliette, du 27 au 31 juillet au Théâtre Le Patriote de Saint-Agathe-des-Monts et du 4 au 20 août au Carré 150 de Victoriaville.

Pour des billets et toute autres informations sur le spectacle : www.lacorriveau.ca

 

En savoir plus sur le scénographe ADAM PROVENCHER

Adam Provencher a gradué en 2005 au collège Marie-Victorin en design de mode - spécialisation fourrure. C'est au cours de ses études qu'il a approfondi ses techniques de coupe, de confection et de moulage dans le but de travailler le costume de scène. En mai 2012, il est diplômé de l'École Nationale de Théâtre du Canada en scénographie à la suite de quoi il signe plusieurs productions comme concepteurs décors et concepteur costumes. Étant issu du milieu de la danse, Adam fait un retour aux études au Baccalauréat en danse de l’UQÀM à l’automne 2015. Depuis, il s’est vu participer parallèlement à des projets de danse, de chant et de théâtre côtoyant notamment Danièle Desnoyers, Mélanie Demers, Christian Lapointe, Rebecca Harries et beaucoup d’artistes de la relève. Il travaille aujourd’hui à faire converger ces différents champs artistiques en une pratique cohérente et singulière. Il tente toujours à faire de ses conceptions une œuvre vivante inspirée du mouvement physique, rythmique et chromatique.

En savoir plus sur l'assistante aux costumes KATHERINE LEROUX-BOURDON

⁠⁠Katherine est diplômée en Design de mode du Collège Marie-Victorin depuis 2019. En plus de ses expériences variées autant dans de grandes compagnies de mode qu’avec des designers indépendants, elle développe et nourrit sa passion du costume à travers son parcours au Monument-National et le Grand Costumier. Elle souhaite acquérir de nouvelles expertises en développements durables alors qu’elle débutera en septembre prochain un certificat en développement durable au HEC Montréal.

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